La Tribune.fr - 18/12/2008 à 10:40 - 660 mots
Pour tenter d'endiguer la chute des cours du pétrole, le cartel des pays producteurs a décidé mercredi d'une baisse historique de 2,2 millions de barils par jour de ses quotas. Un chiffre conforme aux attentes. Le baril est tombé à sous les 40 dollars à New York, au plus bas depuis quatre ans.

L'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) va abaisser sa production journalière de 2,2 millions de barils (la plus forte baisse depuis l'introduction du système des quotas de production en 1982). La décision a été prise lors de sa réunion ministérielle d'urgence qui se tenait mercredi à Oran. Dans le même temps, les stocks américains en produits pétroliers ont de nouveau progressé la semaine dernière, dépassant les attentes des marchés. Les cours ont fortement réagi à la baisse à ces deux annonces.
Sur le New York Mercantile Exchange (Nylex), le baril de "light sweet crude" est ainsi repassé brièvement sous la barre des 40 dollars, touchant 39,88 dollars, son plus bas niveau depuis le 14 juillet 2004. Ce jeudi, il évolue toujours autour des 40 dollars, tombant même un temps à 39,80 dollars. A Londres, sur l'Intercontinental Exchange, le Brent de la mer du Nord recule également à 45,32 dollars le baril..
Si la baisse des quotas de l'Opep était acquise, les marchés spéculaient sur son ampleur, alors que le baril a perdu plus de 100 dollars depuis les records atteints le 11 juillet dernier à plus de 147 dollars. Globalement, les marchés anticipaient un abaissement de 2 millions de barils par jour. Mais mercredi matin, plusieurs rumeurs de marché faisaient état d'une baisse de 2,5 millions de barils par jour de la production du cartel, qui représente environ 40% de l'offre mondiale en pétrole. Les analystes doutent cependant que cette décision puisse inverser durablement la tendance baissière.
D'autant que l'Opep estime que la demande mondiale de pétrole devrait reculer cette année et l'an prochain. Pour 2008, "la demande de pétrole a été réduite d'une estimation initiale de hausse de 1,3 million de barils par jour (mbj) à un recul de 0,1 mbj" pour s'établir à 85,83 mbj, table le cartel dans son rapport mensuel de décembre. Et "la dégradation de l'économie dans les pays de l'OCDE réduira selon les estimations la demande mondiale totale de pétrole en 2009 de 0,15 mbj, soit 0,2%, à 85,7 mbj".
Dans son estimation publiée la semaine dernière, l'Agence internationale de l'énergie (AIE) avait elle aussi pronostiqué une baisse de la demande de pétrole en 2008, la première depuis 25 ans. L'AIE tablait sur une baisse de 0,2 million de barils par jour de la consommation cette année, estimant en revanche que la demande se redressera de 0,5 million de barils par jour l'an prochain.
Par ailleurs, l'Opep souhaite une baisse comprise entre 500.000 et 600.000 barils par jour de la production des pays non membres. Quatre pays producteurs non membres de l'Opep ont été invités à la réunion convoquée mercredi à Oran: la Syrie, Oman, l'Azerbaïdjan et surtout la Russie, au coude à coude avec l'Arabie Saoudite pour la place de premier producteur mondial. Le vice-Premier ministre russe Igor Setchine a indiqué que son pays pourrait réduire son offre de 320.000 barils par jour.
Autre nouvelle sur les marchés: les stocks américains en produits pétroliers. Ces derniers ont progressé plus fortement qu'attendu. Les réserves de pétrole brut ont ainsi augmenté de 500.000 barils la semaine dernière, à 321,3 millions. Les analystes ne tablaient que sur une hausse de 300.000 barils. Les stocks d'essence ont grimpé de 1,3 million de barils, contre une progression de 1,4 million escomptée par le marché.
Surtout, les stocks en produits distillés (gazole et fioul de chauffage) ont progressé de 2,9 millions de barils alors que le consensus attendait une hausse de 1,4 millions. Ces stocks sont de plus en plus suivis à l'approche de l'hiver, qui se traduit par une augmentation de la demande en fioul de chauffage aux Etats-Unis.
Côté demande, les Américains ont consommé 19,6 millions de barils par jour de produits pétroliers en moyenne sur les quatre dernières semaines, soit une baisse de 4,9% comparé à un an plus tôt. La consommation d'essence a notamment fléchi de 2,7% et celle de produits distillés de 4,5%. Enfin, les raffineries américaines ont ralenti leur cadence, fonctionnant à 84,1% de leurs capacités contre 87,4% la semaine précédente.
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