Bruxelles, correspondant
La situation, jugée alarmante, de la banque belgo-française Dexia a nécessité, jeudi 9 octobre, une nouvelle intervention des pouvoirs publics. Les Etats belge, français et luxembourgeois vont apporter, jusqu'au 31 octobre 2009, leur garantie pour les emprunts que la banque effectuera afin de s'assurer un montant suffisant de liquidités et faire face à ses engagements. La Belgique apportera sa garantie pour 60,5 %, la France pour 36,5 % et le Luxembourg pour 3 %.
Ces "mesures structurelles" annoncées par la nouvelle direction ont été longuement négociées à Bruxelles, dans la nuit de mercredi à jeudi. Elles ont été présentées notamment par Yves Leterme, premier ministre belge, et Christine Lagarde, ministre française de l'économie.
D'autres solutions avaient été évoquées, dont la création d'une structure de financement intermédiaire qui, appuyée par les trois Etats, aurait collecté de l'argent et l'aurait redistribué à Dexia. On évoquait également une scission des différents pans nationaux de la banque, un plan techniquement très complexe qui s'est heurtée au refus de la France. La Belgique y était plus favorable, soulignant que l'argent collecté chez elle finance trop largement des collectivités françaises et des projets internationaux.
Au cœur des problèmes de Dexia, il y a toujours la filiale américaine FSA, une société de rehaussement de crédit qui détient des actifs dits toxiques et nécessiterait une intervention évalué entre 6 et 7 milliards. Selon les ministres, la garantie des Etats couvre également la filiale. Des doutes subsistent cependant quant à la situation précise de FSA et pourraient encore pénaliser le cours de l'action Dexia.
INTERVENTION URGENTE
Une intervention des pouvoirs publics était, en tout cas, devenue urgente : l'action a perdu successivement 21 %, 12 % et 15 % au cours des trois derniers jours et la nomination, le 6 octobre, d'un nouveau tandem à la tête de la banque –Jean-Luc Dehaene à la présidence, Pierre Mariani en tant que directeur exécutif – n'a eu aucun effet positif. Pas plus que l'injection de 6,4 milliards dans le capital décidée auparavant par les trois pays concernés.
Une autre difficulté auquel Dexia doit faire face est la rivalité entre ses dirigeants belges et français. Le camp belge souligne que la filiale FSA a été acquise en 2000 par Dexia Crédit local et dirigé par elle. M. Miller, l'ancien directeur exécutif belge, avait toutefois, depuis des mois, défendu l'idée que FSA ne menaçait pas la situation de sa banque.
L'acquisition par la France d'une minorité de blocage à la faveur de la récente augmentation de capital est un autre point de discorde. Le gouvernement de la Région flamande (2,35 % du capital) semble vouloir contrer l'influence française présumée. La nomination de M. Dehaene à la présidence serait aussi clairement liée à la volonté des Belges de préserver leur influence. Ils sont, soulignent-ils, majoritaires dans son capital. L'ancien premier ministre est lié au Mouvement ouvrier chrétien flamand, actionnaire de référence de Dexia au travers du groupe Arco (17 % du capital). Ce "pilier" de la société belge entend préserver à tout prix ses intérêts.
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