lundi 23 mars 2009

Washington propose un plan à 500 milliards de dollars pour assainir le bilan de ses banques

Washington a mis au point un nouveau "programme d'investissement public-privé", qui lèvera des fonds afin de créer de toutes pièces un marché pour les actions et prêts douteux émis par les banques. Le programme d'investissement public-privé fournira initialement 500 milliards de dollars avec la possibilité d'être porté à mille milliards de dollars.

Etats-Unis

Timothy Geithner.

Le gouvernement américain va présenter ce lundi un plan en trois volets destiné à débarrasser les banques de leurs actifs toxiques, alors que la crise financière n'en finit pas de faire des victimes. "Le système financier dans son ensemble travaille encore contre la reprise", a déclaré dans une tribune libre publiée par The Wall Street Journal, Timothy Geithner, secrétaire au Trésor. "Beaucoup de banques, encore plombées par des prêts résultant de mauvaises décisions, s'abstiennent de fournir des crédits", souligne-t-il. "La meilleure façon de s'en sortir c'est si nous pouvons travailler avec les marchés", a expliqué Timothy Geithner. "Nous ne voulons pas que le gouvernement assume tous les risques, nous voulons que le secteur privé travaille avec nous", a-t-il ajouté.Ce plan initial de 500 milliards de dollars aura la possibilité d'être porté à mille milliards de dollars, a encore indiqué le secrétaire au Trésor.

Ce plan, largement dévoilé en fin de semaine par le Wall Street Journal (WSJ) reposerait sur une collaboration entre les pouvoirs publics et le secteur privé. D'un côté, explique le quotidien, l'administration prévoit la création d'une nouvelle entité pour racheter et détenir des prêts, appuyée sur l'organisme public d'assurance des banques de dépôt, le FDIC (Fonds de garantie des dépôts bancaires). D'autre part, une entité dépendant de la Réserve fédérale créée pour reprendre des titres récents appuyés sur des prêts, verra ses compétences élargies pour pouvoir reprendre des prêts émis en 2005 et 2006, à l'époque où la bulle financière était en pleine expansion.

Il y a un mois, l'administration avait indiqué que la nouvelle version du plan de sauvetage du système financier mobiliserait jusqu'à 2.000 milliards de dollars. Cependant, grâce à l'apport des investisseurs privé et à la contribution de la banque centrale, il était estimée que la facture pour le Trésor resterait contenue dans l'enveloppe de 700 milliards de dollars fixée par le Congrès à l'automne. Mais Timothy Geithner n'avait cependant pas exclu d'avoir à venir demander une rallonge au Capitole. Il y a un mois, le flou des premières annonces de Timothy Geithner avait fait chuter la Bourse de 4,6% le jour même.

Avant même d'avoir été officiellement présenté, le plan Geithner est déjà critiqué par le secteur privé, échaudé par la détermination du Congrès à annuler de fait et rétroactivement des primes de performances versées dans des établissement renfloués sur fonds publics. Jeudi soir, la Chambre des représentants a en effet voté un projet de loi visant à imposer à 90% des primes perçues par des salariés dont la rémunération dépasse les 250.000 dollars par an, dans des entreprises ayant reçu plus de cinq milliards de dollars d'aide publique. Austan Goolsbee, conseiller économique de la Maison Blanche a fait le tour des plateaux de télévision dimanche pour rassurer, indiquant que les investisseurs privés n'avaient rien à craindre dans la mesure où ils sont appelés à "rendre service". Egalement critique, le prix Nobel d'économie Paul Krugman considère que le plan permet aux fonds d'investissement de "jouer à 'pile tu perds' et 'face je gagne'". Peter Morici, professeur à l'Université du Maryland estime comme lui que les investisseurs privés qui s'associeront au gouvernement vont être incités à "payer trop cher" pour des actifs toxiques. Résultat: "c'est encore une subvention de plus" au système bancaire, tempête-t-il.

De son côté, le président Barack Obama a, au cours de l'émission télévisée "60 minutes", reconnu que le gouvernement évoluait "dans une marge très étroite compte tenu des attentes contradictoires de l'opinion et de la sphère financière. "Les banques adoreraient (avoir) plein d'argent du contribuable sans conditions. Les gens du Congrès, et les Américains, adoreraient réparer les banques sans dépenser d'argent", a-t-il déclaré.

Barack Obama défend son secrétaire au Trésor

L'annonce des détails du "plan Geithner" interviendra alors que le secrétaire au Trésor fait face à des appels à la démission de l'opposition républicaine. La classe politique exige de savoir dans quelle mesure le ministre, censé superviser l'assureur AIG depuis que l'Etat y a injecté plus de 170 milliards de dollars, était au courant des 165 millions de dollars de primes remis à l'encadrement (revues à hauteur de 218 millions, samedi, par un journal local) et pourquoi il n'a rien fait pour l'empêcher. Dans une interview à CBS diffusée dimanche soir, le président américain Barack Obama a réitéré son soutien à Timothy Geithner, affirmant qu'il n'accepterait pas sa démission si elle lui était proposée.

latribune.fr

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